Une Mère Résiliente qui Change L’histoire De Sa Communauté

Sénégal

Yayi Bayam Diouf est une pionnière dans le monde de la pêche et dans la vie politique de sa communauté. Elle est la 3927e personne au niveau national à obtenir un permis de pêche, la première femme dans sa communauté à en obtenir un et la première à être autorisée à monter à bord d’une pirogue. Suite à la perte de son unique fils en mer, Yayi Bayam a puisé dans sa douleur pour changer la vie d’autres femmes.

Je m’appelle Yayi Bayam Diouf et je suis originaire de Thiaroye-Sur-Mer. Je vis dans une communauté patriarcale où tous les pouvoirs sont détenus par l’homme bien que les femmes soient majoritaires. Pendant plusieurs décennies, notre activité principale a été la pêche artisanale. Cependant, les femmes n’ont pas vraiment bénéficié des fruits de cette activité car les règles de la capture quotidienne sont en faveur des hommes : 2/3 pour les hommes et 1/3 pour les femmes. Grâce à mon permis de pêche, j’ai l’intention de changer ces règles. 

L’immigration clandestine est un fléau qui a emporté bon nombre de nos jeunes. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’un slogan en est né : « Allez loin chercher du travail ou mourir loin ! »  Face à la crise économique et la compétition de la main d’œuvre étrangère, nos jeunes pécheurs se sont retrouvés au chômage et ont décidé d’utiliser leur outil de travail non plus pour pêcher mais pour aller en Europe en quête d’une vie meilleure. Mon fils unique et ses 80 amis ont disparu en mer. Dans notre communauté, sont qualifiées de « bonnes » femmes celles dont les fils ne périssent pas en mer. J’étais donc devenue une « mauvaise » femme en plus de ma tristesse et ma douleur. Toutes les femmes qui ont vécu une tragédie similaire sont stigmatisées par la société. Cette douleur et ce sentiment d’injustice a déclenché un déclic en moi : il fallait que je parle et que je sensibilise ma communauté sur ce sujet. Il fallait que les populations comprennent que les femmes avaient un rôle important à jouer dans notre communauté pour éviter de telles tragédies.

J’ai commencé par des séries de sensibilisation et de rencontres au sein des familles affectées. J’ai réussi à rallier d’autres femmes à la cause et nous avons créé le Collectif de Femmes pour la Lutte pour l’Emigration Clandestine (COFLEC), dont je suis la fière présidente. En outre, nous avons mis en place un centre de formation pour les femmes et les filles car même les jeunes filles commencent à s’adonner à l’immigration clandestine. Nous les y encadrons et les insérons autant que possible dans l’économie à travers la création de petites entreprises de proximité. Par ailleurs, grâce aux partenariats que nous avons pu établir, nous exportons nos produits au sein des pays de l’Union Européenne. Nous démontrons à nos jeunes qu’il est possible de rester dans leur pays et vivre dignement et sainement.  Nous avons ainsi réussi à réduire le taux de départ des jeunes et à convaincre certains trafiquants-passeurs à travailler avec nous. En 2015, notre association a pu bénéficier de l’appui financier et technique d’ONU Femmes Sénégal. Nous avons ainsi pu acheter l’équipement nécessaire pour créer une ferme de moules de 200m2 en plein Océan Atlantique. Au total, une centaine de mitycultrices de notre communauté bénéficieront de ce soutien et d’une formation en production, transformation et commercialisation de produits halieutiques.  Le programme vise également à favoriser le réseautage des membres de la COFLEC avec d’autres organisations et partenaires locaux. Le combat principal de la COFLEC reste la lutte contre la féminisation de l’immigration clandestine et la promotion des droits des femmes et de l’enfant.

Depuis que je suis devenue la première femme Vice-Présidente du Conseil des Notables, au sein duquel toutes les grandes décisions de la communauté sont prises, plusieurs femmes ont décidé de se présenter aux élections municipales de notre communauté, une grande première ! Nous les Femmes, sommes capables de changer l’histoire de notre communauté ! 

Photographe Vidéaste crédit: Yayi Bayam Diouf

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  • Sira Camara
    Inspiring story! In Seengal, 90 per cent of fish processing is controlled by women (cited in local media Le Soleil June 2013). I am very proud of you.
  • Well done Mrs Yayi Bayam Diouf, you are a great role model!
  • Moureen Njule Eseme
    You are very correct Yayi. Women can change the story of their community. The change begins with each woman. Thanks for inspiring them to 'break the glass'.
3 de 3 commentaires