Les Mères aux États-Unis : La Génération Exclue

États-Unis d’Amérique

Liuba, son mari Christopher, et leur fille Mila. 
Photo credit: Lauren Kim Photography.

Au cours des dernières années, la part des mères aux États-Unis qui choisissent de rester à la maison plutôt que de reprendre le travail après la naissance de leurs enfants a augmenté de façon exponentielle – atteignant à ce jour 29%. Beaucoup de femmes instruites, ayant réussies dans le milieu professionnel ont réagi aux options inflexibles de travail des États-Unis en devenant mères au foyer, poussant ainsi des commentateurs connus à inventer une nouvelle expression pour les qualifier de «génération qui a choisi de se retirer».

C’est une étiquette qui ne tient pas compte du fait qu'elles n’ont, en réalité, pas volontairement choisi de se retirer de la vie professionnelle, mais qu’elles ont en quelque sorte été poussées vers la sortie. Dans 28 États et au niveau du District de Columbia, le coût annuel moyen pour un enfant inscrit à la crèche durant la journée est plus élevé que les frais et droits de scolarité de quatre ans passés dans une université publique américaine pour obtenir sa licence. Les frais pour deux enfants inscrits dans une garderie sont plus élevés que le loyer annuel moyen dans tous les états, et le coût annuel des soins en garderie pour un enfant dépasse le montant annuel que les familles consacrent à leurs courses alimentaires.

Comme les États-Unis n’octroient pas de congés de maternité payés, la plupart des mères qui doivent retourner au travail sont obligées de le faire un peu trop tôt. Leurs enfants ne font pas encore leurs nuits, ne peuvent pas tenir leur tête tout seul, n’ont généralement eu que les premiers vaccins, doivent téter ou prendre le biberon à quelques heures d’intervalle, et ont encore grandement besoin de leurs mamans. Les mères célibataires ont la tâche encore plus difficile. Dans chaque état, le coût moyen de la crèche pour un enfant équivaut à 40%  de ce que gagne une mère célibataire dans cet état.  

Je travaille dans le domaine du développement international et j’étais la Directrice des Opérations en charge des activités de trois instituts de recherche à l'Université de New York. Je travaillais pour un professeur d'économie qui voyageait fréquemment, et dont le bureau se trouvait dans un bâtiment différent du mien, et que je voyais d’ailleurs très rarement. J’ai eu également à travailler à partir d'une chambre d'hôtel sans électricité dans les régions rurales du Ghana, et j’aurais donc pu facilement travailler à partir de mon appartement. Mon patron était partant lorsque j’ai engagé la discussion à propos de flexibilité professionnelle et de télétravail. Cependant, il a complètement changé d'avis lorsque la date de mon accouchement approchait.

Alors que je me battais pour trouver une crèche pour ma fille, j’ai été informée qu'une femme venait tout juste de s’inscrire sur la liste d'attente parce qu'elle savait que son petit ami était sur le point de lui demander de l’épouser. Elle avait alors commencé à faire ses calculs en intégrant la date du mariage, le temps qu’il fallait pour qu’ils aient leur bébé et le moment où elle serait prête à reprendre son travail : dans trois ans environ. Je me suis alors rendue compte que j’avais complètement raté le coche.

On m’a proposé par la suite une place à temps partiel à la garderie, mais mon patron n’était toujours pas disposé à m’aménager des horaires de travail flexible, et j'ai finalement choisi de démissionner. Ma fille, actuellement âgée de vingt et un mois, est toujours sur la liste d’attente, et je travaille à la maison comme consultante indépendante. Je suis aussi une Championne d’Empower Women pour l'autonomisation économique des femmes. Actuellement, je fais des interviews avec des mères à travers le monde entier pour savoir comment le fait de fonder une famille a-t-il eu un impact sur leur développement personnel, professionnel et financier.

Il y a seulement deux pays au monde qui ne proposent pas au niveau fédéral des congés de maternité payés : la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Etats-Unis.

Deux lois portant sur le congé parental ont été adoptées cette semaine à New York et en Californie. New York est devenu le quatrième état à offrir un congé parental rémunéré. D’ici 2021, ce programme offrira une indemnisation des parents à hauteur de 12 semaines de congé. A San Francisco, les conseillers municipaux ont voté pour obliger les employeurs à donner aux travailleurs six semaines de congés parentaux payés - entièrement et non partiellement. C’est la première ville des Etats-Unis à adopter une telle mesure. Auparavant, il n'y avait que deux états qui accordaient des congés payés partiellement : le New Jersey offre six semaines et Rhode Island en offre quatre.

La loi sur le congé familial et médical américain garantit 12 semaines de congé non rémunéré pour les employés à charge d'un nouveau-né, mais uniquement pour ceux   (environ 60% des employés) qui travaillent pour une entreprise avec au moins 50 employés, et qui peuvent justifier de 1250 heures de travail au cours des 12 mois précédant la naissance de leur enfant. Les 40% restants n’ont droit à aucun jour de congé, rémunéré ou non, même pour les importantes visites prénatales, ni même une seule journée pour donner naissance.

Le rapport de Save the Children de 2015 sur l'état des mères dans le monde a considéré des critères tels que la santé, l'économie, l'éducation, la participation politique des femmes, et la mortalité maternelle et infantile. Sur ces indicateurs, les États-Unis ont été classés 33ème sur 179 pays, soit un recul de deux places par rapport à l’année précédente.

Les nouveau-nés aux États-Unis sont 50% plus susceptibles de mourir le jour de leur naissance que ceux de l’ensemble des autres pays développés. Les États-Unis se retrouvent en haut du classement des taux de naissances prématurées qui constituent en outre, un facteur contribuant dans de nombreux cas de décès au premier jour, et elles sont étroitement liées à un mauvais système de soins de santé, à la pauvreté et au stress. La grossesse est toujours stressante, mais beaucoup de femmes américaines continuent de mener leur activité professionnelle jusqu'à ce qu'elles entrent effectivement en travail, désespérées de sauver le peu de congés de maladie payés ou de vacances qu'elles peuvent avoir durant les premiers jours de la vie de leur enfant.

La Convention sur la protection de la maternité de l'Organisation internationale du Travail (OIT) stipule que les pays devraient accorder aux femmes au moins 14 semaines de congés de maternité payés; le montant octroyé doit être au moins égal aux deux tiers de la rémunération antérieure de la mère; et ces paiements devraient être couverts par une assurance sociale obligatoire ou des fonds publics, ou déterminés d'une certaine manière par la législation et la pratique nationale, afin que les charges ne soient pas entièrement supportées par les employeurs.

Les chiffres de l'OIT montrent que 57 pays remplissent toutes ces trois exigences; que 98 pays garantissent au moins 14 semaines de congé de maternité, et que 74 pays offrent des indemnités équivalant à au moins deux tiers des gains antérieurs de la femme. Les États-Unis, quant à eux, ne remplissent pas une seule de ces exigences.

Le congé de paternité payé est garanti au niveau de 71 pays. Des études ont montré à maintes reprises que le congé de paternité aide les pères à établir un lien fort avec leurs enfants, à s’impliquer davantage dans la prise en charge de ces derniers, et à participer aux tâches domestiques. Il favorise également l'égalité des sexes et aide les femmes à garder un pied dans le monde du travail et contribuer ainsi à l'économie.

Le manque de congés parentaux payés et d’options d’heures de travail flexibles pour les parents, n’est ni plus ni moins qu’une violation flagrante des droits humains. Human Rights Watch a fait savoir que l'absence de politiques favorables à une conciliation travail/famille aux États-Unis a « de graves répercussions sur la santé, les finances et la carrière» des travailleurs. Malgré toute la rhétorique autour des «valeurs familiales américaines », les États-Unis sont en train d’échouer sur la question de la protection de l’équilibre familial.

En collaboration avec Empower Women, nous aimerions vous inviter à partager votre expérience relative au congé parental, en tant que parent ou future parent. Veuillez s'il vous plaît participer à notre  sondage rapide ci-dessous.

Nous vous invitons également à partager votre histoire personnelle au sujet des allocations parentales de votre pays, et comment elles ont influencé sur votre décision de devenir, de retarder ou de renoncer à l’envie d’être parent.

Rejoignez la Campagne I am Parent aujourd'hui! #IAmParent

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Photographe Vidéaste crédit: Lauren Kim Photography

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  • Stella Bakibinga
    Sweden is really a great Place to raise a family. The p maternity and paternity leaves there are one of the longest and Child care is so subsidized. This makes it easy for parents to balance a career and family.
  • Catherine wachu
    Liuba, Great project. I advocate for at least 6months-1 year time out for mothers. After which they are able to access flexi- hours. Thus we will have a generation of children who are strong as individuals with less child anxiety or depression cases.
    • Stella Bakibinga
      This is very right Catherine and I also Think that the maternity leave must be flexible because not all new mothers wish to use up all their time at a go. Sweden does this and I am impressed.
    1 de 1 Réponses
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